Durant ma période d’évolution « junior », jusqu’à l’année des 18 ans, j’étais autodidacte. Mais dès cette limite d’âge, j’ai suivi les cours de formation pour l’enseignement du tennis ; cela me permettait, enfin, d’acquérir les fondements et la panoplie technique de ce sport. D’abord en obtenant les deux degrés de moniteur « Jeunesse et Sport », puis, en 1974, le brevet d’entraîneur de l’Association suisse de tennis. Du sérieux…
J’ai ainsi appliqué l’adage anglais qui dit que si l’on veut maîtriser quelque chose, il faut l’enseigner : “If you want to master something, teach it”. Dont acte.
Pour acquérir de la pratique d’enseignement et quelque argent, comme étudiant, je donnais des leçons et cours de tennis, surtout dans mon club, à Delémont. Deux années de suite, pendant les vacances polytechniques, j’ai aussi donné des cours d’été, à Gstaad (dont au Palace…, voir photo) et à Champéry. Une manière de joindre l’utile à l’agréable.
Poursuite de la formation. Après des cours de pratique, de didactique et de théorie, j’obtenais, en 1979, le diplôme officiel de « Professeur de tennis » de l’Association suisse des professeurs de tennis (ASPT), sous l’égide de la Fédération suisse de tennis. Le sommet…
Alors que mon intention était de m’arrêter à ce niveau-là, les responsables de l’ASPT me sollicitaient, lors de la remise du diplôme, pour intégrer le staff de la formation des futurs profs. Oups, ça demandait réflexion, car je venais aussi d’obtenir le diplôme de chimiste ETH et j’étais engagé comme assistant de recherche et doctorant. La mission tennistique s’annonçait toutefois intéressante et très enrichissante ; j’ai donc accepté. Bonne intuition. Que du positif et du plaisir dans cet engagement.
Ce fut une grande chance de côtoyer de nombreux anciens champions et championnes de Suisse, dont des joueurs de Wimbledon et de Coupe Davis. Et surtout, j’ai eu le privilège de travailler étroitement avec Jean Brechbühl, la référence unanimement reconnue en matière d’enseignement du tennis. Qu’il a fondamentalement bouleversé, en développant une méthode basée sur les actions et non sur les gestes. Une révolution. Au tennis, quel que soit le niveau, on a toujours la même succession d’actions, avec des exécutions passant du simple (débutant) à très évoluées (champion) : 1) frapper la balle ; 2) la renvoyer au-dessus du filet ; 3) dans les limites du court. Le but final du débutant étant de jouer « avec » le partenaire, alors que le but du champion est de jouer « contre », c-à-d de mettre la balle hors de portée de l’adversaire. Mais le principe fondamental des deux démarches reste identique. Entre les deux, il y a « juste » une longue évolution graduelle des actions, où les gestes suivent, comme moyen. Et non l’inverse !
En élaborant cette approche novatrice, Jean Bechbühl, professeur à l’Université de Genève, a côtoyé un illustre collègue : Jean Piaget, spécialiste de la psychologie du développement. Après peu de temps, je devenais le proche collaborateur du « maître » dans nos cours de formation, qui se déroulaient à Macolin, Montana et St-Moritz, reprenant plus tard son flambeau, pour raison d’âge avancé. L’ASPT m’institua au rang d’« expert » et membre de la commission technique (photo d’une séance du Comité ASPT, en octobre 2002, à l’Hôtel Schweizerhof, à Berne, où je suis assis à côté du président, Gérard Jenny, avec cravate).
Avec quelques modestes contributions de ma part, venant des neurosciences, en particulier sur la plasticité neuronale, nous avons affiné certains algorithmes et explicatifs de la méthode. Des conférences et de nombreux articles et publications sont issues de notre indéfectible collaboration, durant plus de trente ans. Deux parutions et un manuscrit inachevé méritent d’être mentionnées :
Le Tennis de A à Y, Association Suisse des Professeurs de Tennis ASPT, Glattbrugg, 2001.
« Enseigner le tennis est un art et l’exercer est un métier de pro ». Ce volumineux livre, de près de 250 pages, se décline en cinq chapitres : 1. Introduction. 2. Les bases théoriques. 3. Les débutants. 4. Les joueurs moyens. 5. Les bons joueurs. Une œuvre laborieuse, de longue haleine. Cet ouvrage a été conçu comme manuel de référence pour l’enseignement professionnel du tennis, en Suisse et au-delà. Il a été publié simultanément en français et en allemand. Nous n’avons pas compté le temps investi ni les innombrables courriers postaux avec les ébauches, les moutures initiales jusqu’aux versions finales, dans les deux langues ; voir la photo de Jean B., accoudé sur la pile des versions corrigées… Opération réussie, mais un flop au niveau de l’édition, en raison d’un mauvais choix de réalisation de la part de l’éditeur, malgré nos mises en garde.
« La méthode des actions en tennis ». ITF Coaching and sport science review – La publication de référence de la Fédération Internationale en matière d’entraînement et de sciences du sport, décembre 2000, n° 22.
Un article de synthèse, un condensé extrême du livre Le Tennis de A à Y, en deux pages. Une anecdote : c’était un article de commande à JB et PA de la part de l’éditeur américain de la revue de l’ITF. Nous nous sommes donc appliqués à rédiger cet abrégé en anglais, que l’éditeur a ensuite fait traduire dans les différentes langues d’édition de la revue, dont le français. Nous avions, sans prétention, jugé que celle-ci était très convenable… Cet article nous a valu un abondant courrier, de différents horizons, avec beaucoup de félicitations et de nombreuses questions. Je me souviens toutefois que nous n’avions pas été en mesure d’assurer le « service après-vente » jusqu’à le dernière requête.
« Des hypothèses pour l’enseignement du tennis ». Publication prévue en 2015 dans Smash, la revue de Swiss Tennis, la Fédération suisse de tennis, et sous une forme adaptée pour la revue ITF Coaching and sport science review – International Tennis Federation.
Cet article est resté à l’état de projet, presque finalisé. Nous avions discuté une version avancée, en octobre 2014, chez JB, ä Genève. Le sort a décidé que cet article resterait inachevé…
Le 19 décembre 2014 décédait Jean Brechbühl, dans sa 102ème année. Ainsi prenait aussi fin plus de trente années, de 1980 à 2014, d’une admirable et indéfectible collaboration, et surtout d’une profonde amitié. Considéré dans le cénacle tennistique comme le « fils spirituel » du « maître », qui était d’ailleurs « un 13 » comme mon père, j’étais désigné par les responsables de la Fédération suisse de tennis et de l’Association des professeurs de tennis comme représentant officiel pour rendre l’hommage funéraire. Lourde mission, la gorge serrée.
« Hommage à Jean – Im Gedenken an Jean ». Adaptation écrite de l’oraison prononcée à Genève le 22 décembre 2024 ; texte paru dans la Gazette SPTA - Swiss Professional Tennis Association, janvier 2015, p 2-3.
Cet événement reste pour moi certainement aussi le point final de mon implication dans l’histoire du tennis. Depuis lors, je poursuis l’application et quelques développements de la « méthode des actions » dans mes différents domaines d’activité, hors tennis. Cette approche ayant un large potentiel contributif, foncièrement insoupçonné., voire ignoré.